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Lettre d'information n°33. Printemps 1999 Louisa, chanteuse kabyle

Entretien avec Louisa CMTRA : Louisa, êtes-vous depuis peu de temps en France? Vous aviez une belle carrière en Algérie: pourquoi avez-vous quitté votre pays ?

Louisa : En fait, j'ai commencé ma carrière en 1978, ici en France. D'ailleurs, toutes mes cassettes ont été enregistrées ici. En 1984, je suis retournée en Algérie où j'ai poursuivi ma carrière pendant dix années successives, avec beaucoup de concerts, des émissions de télévision...

A partir de 1991, les choses ont commencé à mal tourner en Algérie, alors, j'ai dû quitter mon pays en 1993 pour revenir vivre de nouveau en France. Je ne pouvais pas faire ce que j'aime, je ne pouvais plus chanter, je ne pouvais pas dire ce que je pense: il valait mieux quitter l'Algérie. CMTRA : Etes-vous née en France ?

Louisa : Je suis née en Kabylie, la petite Kabylie, à Akfadou où j'ai passé toute ma jeunesse, jusqu'à l'âge de 16 ans, 16 ans et demi, pendant la guerre d'Algérie. Je suis entrée en France en 1958. Akfadou, c'est une montagne. Il y en a trois : Akfadou, Djurdjura et les Aurès. Ce sont l'unes des plus hautes montagnes d'Algérie, à près de 4000 mètres d'altitude.

Je ne connais pas bien l'Algérie, parce que vous savez, une femme en Algérie, elle ne sortait pas de la maison dans mon enfance. On était condamnées à rester dans "la petite maison de la prairie", comme on dit. Si on sortait, on sortait au village... On allait chercher de l'eau à la fontaine, ou bien pour aller ramasser des olives. A part ça, on n'avait pas le droit de monter dans les montagnes, ni même oser demander comment s'appelle le village d'à côté, de peur que la fille découvre les chemins pour prendre la fuite et se sauver. C'était ça. Maintenant, ça a beaucoup évolué, surtout en Kabylie.

Dans les villes, peut-être, elles ont encore un peu peur, parce que certaines ont peur de s'exprimer. Mais heureusement, les femmes algériennes, maintenant, prennent les choses en main. CMTRA : Y avait-il des chanteuses ou des chanteurs dans votre famille ? Comment vous est venu cet amour de la chanson ?

Louisa : Dans ma famille, non. Avant, c'était très dur pour une femme de chanter en Kabylie. Les algériennes chantaient à la maison. On chante quand on ramasse les olives... Mes parents étaient des gens modestes, des agriculteurs qui possédaient leurs propres terres, qui travaillaient leurs terrains, leurs oliviers, leur blé, leurs huiles... Mon père, plus tard, était venu en France. Il travaillait à l'usine, quant à ma mère, elle continuait a travailler la terre en Kabylie. Mon père revenait tous les ans ou tous les deux ans. Il ramenait un peu d'argent qu'il laissait à ma mère, il passait un mois ou deux avec nous, et puis, il repartait en France. C'est ce que faisaient les Auvergnats, en France aussi, non?(rires) C'est pour ça que dans mes premières chansons, je chantais beaucoup sur l'immigration, parce que j'ai vécu ça avec mon père, mes frères ensuite. Et moi-même, puisque j'ai quitté l'Algérie à l'âge de 16 ans, 16 ans et demie .

Je connais donc bien ce milieu d'immigration, qui était une séparation de la famille, parce que j'avais laissé ma mère. Et chez nous, lorsqu'une fille se sépare de sa mère, c'est comme la mort. C'était dur pour moi à l'époque. En plus c'était la guerre, c'est pour ça que j'ai chanté pendant 3 ou 4 ans, les premières années de ma carrière, j'ai beaucoup chanté sur l'immigration. Une de mes chansons est passée récemment sur France 3 dans un documentaire au sujet du quartier de La Guillotière à Lyon. CMTRA : Comment vous est venue cette idée de devenir une chanteuse professionnelle ? Ce n'est pas évident quand on est une femme algérienne ?

Louisa : Moi, je n'ai rien fait pour cela. J'ai chanté parce que j'étais en France. J'ai commencé d'abord avec des chansons comme, par exemple, le théme de celui qui a laissé sa mère en Algérie : "Votre chère mère vous raconte toutes les larmes qu'elles a versées", sur l'homme qui laisse sa femme en Algérie, sur la séparation entre l'homme et la femme, la séparation entre parents et enfants.

Sur ma première cassette, je ne voulais pas mettre de photo dessus, car je pensais que c'était ma première et ma dernière cassette! Quand mon éditeur m'a demandé une photo, j'ai répondu que ce n'était pas possible, que je ne mettrai jamais ma photo sur une cassette. CMTRA: Idir, non plus n'y croyait pas n'est-ce pas, lorsqu'il a fait son premier disque ?

Louisa : Oui, lui aussi n'y croyait pas. Dabord, pendant presque trois ans je n'ai pas enregistré. Un jour le chanteur Slimane Azem m'a dit : "ma fille, tu as un trésor dans le ventre, il ne faut pas le cacher, il faut le sortir". C'est lui qui m' a pratiquement poussée à continuer. Moi, je n' ai jamais cherché à être connue, ni à devenir vedette. Je chantais comme ça, ce que je ressens, sur l'immigration, la séparation, l'amour, la tristesse aussi... CMTRA: Chantez-vous essentiellement en Kabyle, en arabe ou en Français ?

Louisa : Je chante en kabyle. Pour le moment, je n'ai rien en français, mais plus tard, peut-être. Avec mon accent kabyle, ce sera dur, mais, on va essayer, oui, pourquoi pas! Moi, de toutes façons, j'aime la chanson française, j'aime tous les chants français, arabes, anglais, espagnols... c'est le rythme qui compte. "La musique n'a pas de frontière". Avec la musique, on communique, on échange, on transmet nos cultures. CMTRA : Comment votre musique et vos chansons sont-elles perçues par les jeunes, par les nouvelles générations, notamment les jeunes algériens qui sont nés en France ?

Louisa : Ecoutez, quand j'ai commencé, je n'ai pas fait attention ni aux jeunes, aux vieux, je chantais ce que je ressentais. Il ya des chansons que les gens âgés aiment bien, il y en a d'autres que les jeunes aiment bien comme "Thayri tamzi" (l'amour de la jeunesse). Mais, maintenant, il y a une évolution de la chanson, j'essaie de garder toujours le texte, qui pour moi est essentiel. Je chante avec la voix que Dieu m'a donné, mais, j'essaie d'améliorer musicalement. Mes chansons incitent les gens à danser pour les jeunes ou pour les personnes âgées, il n' y a pas de problème. Avec le rythme, les jeunes peuvent se défouler, et écouter mes paroles.

Dans l'album que je prépare, on trouvera quand même des chansons à textes, des chansons qui parlent de l'Algérie, des chansons qui parlent de ce que j'ai vécu là-bas. Mais la mélodie reste agréable à écouter. Et il y a des chansons de danses comme "ghani ghani, echnou, echnou" qui veut dire : "chantes, ce que tu veux et danses toute la nuit jusqu'à épuisement et rentre te reposer chez toi!" Ce sont des chansons qui font bouger... et réflechir. CMTRA : Que représente la communauté Kabyle sur Lyon et sur la Région Rhône-Alpes ?

Louisa : Moi, je ne connais pas d'association kabyle qui fait tourner les chanteurs. Ma fille Linda s'était renseignée, il y a deux ans à peu près, pour rassembler un peu tous ces gens, pour organiser quelques concerts, mais apparemment, il n'existe pas trop d'associations de ce type. Il y a toutes sortes d'associations maghrébines, mais pas berbères, à l'exception de Awal, Thilleli.

Ce sont des associations qui organisent de temps en temps des spectacles, mais qui n'ont pas de musiciens attitrés, comme cela peut exister à Paris. J'ai cherché mes musiciens moi-même, et j'en ai eu jusqu'à 7. Mais 7 personnes sur scène ça fait beaucoup d'argent, et comme ce sont souvent des associations qui organisent, les cachets sont faibles... Donc j'ai gardé toujours quatre musiciens qui jouent toujours avec moi, pour les fêtes, les galas. CMTRA : Quels sont les projets de Louisa dans les mois qui viennent?

Louisa : Mes projets sont de continuer à composer, à travailler mes chansons et mes textes avec mes musiciens. J'ai 40 morceaux à travailler, et je suis en train de mixer le nouvel album qui va sortir. Je cherche quelqu'un pour le produire, sur Lyon ou Paris. J'ai un gala le 7 mars, à la Cigale, un autre le 10 avril, à Saint Etienne. Peut-être une tournée, j'espére. Et pour les concerts, pour les fêtes, eh bien on est là, à Lyon ou en dehors de Lyon, je suis prête !

Enfin, je cherche un producteur ou un organisateur qui prenne l'affaire en main. Remerciements particuliers à Linda pour son aide et sa participation durant cet entretien. Contact :

LOUISA

Tél : 04 78 70 98 19


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