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Jeudis des Musiques du Monde
4e saison au Jardin des Chartreux Lyon (69)

Rencontre avec les groupes Walo Afro et Cap-Vert Acoustic Walo Afro Entretien avec Albert Valfroy CMTRA : Albert, vous êtes le responsable du groupe Walo Afro. Depuis quand êtes-vous en France ?

Albert Vafroy : Walo Afro vit officiellement en France depuis 1992. Mais depuis 1986 le groupe venait déjà faire sa tournée annuelle par l'intermédiaire du centre culturel de Saint-Louis au Sénégal, et par le biais du Conseil Général du département du Nord, ici en France. Simplement parce que Saint-Louis, situé au nord du Sénégal, est jumelé avec Lille dans le nord de la France.Au départ, notre musique était assez différente de ce qui se faisait au Sénégal, parce qu'on ne jouait pas seulement la musique traditionnelle, on essayait de se moderniser en introduisant des instruments comme la batterie ou le clavier.

On a été un des premiers groupes, au Sénégal, à faire ce qu'on apelle de la "world music", mais c'est une musique qui ne passe que dans les bars.Plus tard, mon grand frère Edouard a eu l'occasion de faire un stage avec un ami dans une boîte de management. Pour sa soirée de fin de stage, il a décidé de montrer l'Afrique et de présenter notre musique. C'est après cette soirée que son ami, Bob Maurane, a souhaité travailler avec nous. C'est comme cela que l'on a démarré une collaboration avec lui, après la tournée dans le Nord de la France, avec 14 premières dates.

Mais on est franco-sénégalais puisqu'on est né à Saint-Louis et on a donc dû demander la nationalité française, que l'on a maintenant depuis 1987, mes frères, nos femmes et moi-même. Pour d'autres membres du groupe, cela a été plus difficile parce qu'ils n'avaient pas la nationalité française, il fallait alors à chaque fois leur faire des visas pour qu'ils puissent venir jouer avec nous. Ce n'était pas toujours évident, certains ont été découragés et sont restés au Sénégal. On a alors rencontré d'autres musiciens ici, parce que notre désir était de faire vivre le groupe en France.

Ensuite, tout s'est enchaîné, on a fait le festival d'Angoulême, on a tourné sur Paris et dans toute la France et même au-delà, en Belgique, en Hollande, en Italie et en Suisse. CMTRA : Walo Afro, c'est votre formation initiale du Sénégal ?

A.V. : Le groupe existe depuis 19 ans. Mais, bien avant les trois frères Valfroy avaient déjà une activité musicale. Il y a eu des moments où nous n'étions pas ensemble. Mon petit frère, Benjamin, a été le premier clavier de Youssou'N Dour pendant trois ans. Youssou'N Dour est maintenant une star internationale, mais on a quand même contribué à sa réussite. Ensuite, Benjamin est revenu à Saint-Louis. Moi, je m'occupais de l'atelier musical au centre culturel français. C'est là que j'ai pu rencontrer de jeunes chanteurs. Je cherchais à cette époque de jeunes chanteurs dynamiques qui avaient quelques choses à dire pour monter une formation, parce que les Valfroy au Sénégal sont très connus, mais on est des anciens !

Nous sommes restés dans notre région à Saint-Louis uniquement pour tenir le flambeau, parce que tout le monde partait. C'est-à-dire, ici les gens vont à Paris pour réussir, et là-bas, tout le monde part à Dakar. Donc, nous on a décidé de rester avec néanmoins pleins de propositions. On a recruté des jeunes de l'atelier musical, dont ma femme qui ne chantait pas avant, mais que mon frère a choisi pour sa voix. Marc, mon autre frère a connu également la famille Sow chez qui, au bout d'un moment, tout le monde était devenu chanteur, grands et petits. En allant chanter avec eux, il a connu une des filles qui plus tard est devenue sa femme.

Partant de là, un beau jour, mon frère me dit : "Albert, il faut qu'un soir tu viennes voir avec qui je travaille". Et là, je lui ai dit : "Ecoute, amène-les au centre culturel", et c'est comme cela que je suis resté un an avec eux. Jusqu'au moment où j'ai voulu remonter un autre groupe toujours familial. J'ai naturellement choisi mon frère et sa femme Fatou, ses grands frères et ses surs parce qu'ils chantent tous. On avait alors Awa, Fatou, Pape, et Amy, ma femme qui chantaient tous en woloff. C'est d'ailleurs un peu comme cela que l'on a continué sans avoir de nom de groupe. On jouait, on répétait avec bien sûr toujours les trois frères Valfroy.

On s'est trouvé du matériel, le lieu de répétition c'était la maison.... Puis, deux ans après, on a décidé que l'on était suffisamment mûr pour donner un nom à notre formation, Walo Afro est né à ce moment-là. CMTRA : Quelles sont les origines de ce nom ?

A.V. : Le Walo est un terroir situé à 45 kms de Saint-Louis. Avant la colonisation Saint-Louis n'existait pas, c'était l'empire du Walo. Et tout bon Saint-Louisien a ses racines walo. Ma mère du côté maternelle est walo­walo. C'est tout une histoire qui s'est transformée avec la colonisation et les guerres. Nous, nous sommes walo­walo, donc on a pris ce nom "Walo" que l'on a ponctué du mot "Afro", très significatif de l'Afrique. Walo Afro est en quelque sorte notre "pièce d'identité". CMTRA : En quelles langues ou dialectes chantez-vous ?

A.V. : Il y a beaucoup de dialectes au Sénégal. La langue nationale c'est le woloff. On chante donc beaucoup en woloff, mais aussi en diola, puisque Amy est de la Casamance (au sud du Sénégal). Pape et Fatou ont une mère d'origine guinéenne et sénégalaise qui ont bien sûr des langues en communs comme le mandingue

On chante aussi en susu, en malinké, en peuhl. Il y a même certains morceaux en créole, parce que la Casamance est juxtaposée à la Guinée-Bissao et au Cap Vert. Amy chante donc aussi en créole, de même que Fatou et Pape. Au total, on peut chanter en huit langues. CMTRA : Quels sont les thèmes que vous abordez dans vos textes ?

A.V. : Ce sont des thèmes très actuels : l'amour, la paix, les enfants, le travail qui est capital et que tout le monde devrait avoir. CMTRA : Ce sont des compositions ?

A.V. : Nous écrivons nous-mêmes certains textes, mais nous reprenons aussi certaines chansons traditionnelles que l'on arrange différemment. Donc, traditionnelle oui, mais avec la fougue Walo, parce qu'on a une démarche assez particulière. CMTRA : Comment fait un groupe sénégalais pour s'intégrer en France ?

A.V. : Quand on joue une musique, que l'on est très traditionnel, c'est bien. Les gens ont besoin de se dépayser. C'était l'esprit que l'on ressentait à nos débuts en France lorsque l'on allait jouer dans les festivals. Et puis, à un moment donné on nous a conseillé de jouer notre tradition mais en innovant

C'était une demande qui rejoignait en même temps notre désir de mettre en place notre propre musique, en modernisant les instruments. Cela n'a pas vraiment marché. Donc, on a gardé notre tradition à 60%, ensuite on l'a passé à 70%, toujours au niveau des arrangements. Mais ensuite, on a eu d'une part une demande très traditionnelle et d'autre part une demande plutôt moderne. Alors, on a décidé de proposer plusieurs formations.

Le Walo est un groupe de 8 personnes, mais en enlevant le clavier, la guitare la batterie, la basse en ne gardant qu'une guitare jouée dans l'esprit mandingue comme le fait Ali Farka Touré, avec les percussions, et bien sûr le chant et la danse, on a une section traditionnelle. CMTRA : C'est donc cette formation que vous allez présenter au Jardin des Chartreux, le 6 juillet ?

A.V. : Voilà. C'est un travail avec des instruments traditionnels, avec la danse et la voix, sur nos propres compositions et sur des morceaux traditionnels. En même temps on a gardé la formation plus moderne, parce qu'on ne veut pas être figé comme un groupe traditionnel. Mais, il faut dire que le groupe traditionnel tourne beaucoup plus dans l'année que le groupe moderne, puisqu'il fait à peu près 40 à 50 concerts/an pour seulement 10 concerts/an, en moderne. CMTRA : Vous avez sorti un premier CD en France en 1996, vous allez en préparer un autre ?

A.V. : Oui, alors, on avait déjà sorti trois cassettes avant celui-ci, mais au Sénégal. Le CD "Original", sorti en 1996 n'a pas trop bien marché parce que justement il est un peu trop moderne. On a utilisé une panoplie d'instruments : le clavier, la batterie, mais aussi des instruments comme les tablas, le bâton de pluie et autres, même certains sons japonais synthétisés. Cela ne reflète plus ce que l'on fait aujourd'hui.

Ce que l'on souhaite maintenant c'est sortir un CD de promotion pour que l'on puisse démarcher, sur lequel on retrouvera uniquement des instruments acoustiques et des voix. CMTRA : Un prochain voyage au Sénégal peut-être ?

A.V. : Ma femme et moi nous y retournons cet été. C'est notre premier retour au Sénégal depuis huit ans. On est impatient car on a vraiment besoin de se ressourcer. Propos recueillis par C.C ---------- Cap-Vert Acoustic Entretien avec Armando Silva, Mario Goncalves, Ricardo Fortes Armindo Pereira, José Pires Christian Conceiçao CMTRA : Comment présenter votre répertoire ?

Armando Silva : C'est une musique un peu mixte. On fait des coladeiras, des mornas, des sambas et des biguines. Nous remercions Cesária Evora qui a fait connaître cette musique à travers le monde. Je la connais bien, on était de la même île.

Saint-Vincent-MindeloChristian Conceiçao : Moi je suis de Sao Nicolau, c'est pas loin parce que quand le temps est clair on voit Sao Nicolau de l'Ile de Saint-Vincent.

A.S. : A part les mornas et les coladeiras, il y a le batuque fait de percussions et de danses à l'occasion de cérémonies comme le mariage, les naissances ou les anniversaires. Il y a aussi le funana vers la capitale du Cap-Vert, Santiago-Praia, qui exprime leur façon de vivre ou le manque de moyen provoqué par l'absence de pluie depuis des années, situations qui nous obligent à partir vers d'autres horizons pour trouver du travail. Etant donné qu'on ne pouvait pas parler en public du temps de la colonisation, on mettait tout en chanson. Ricardo a trois compositions, on les joue quelques fois.

Ricardo Forte : Il faut dire que quand je suis venu ici j'ai eu un mauvais sort, c'est une opinion sur ce que j'ai souffert ici, j'ai composé le morceau qui va en rythme avec ce que j'ai vécu.

Mario Goncalves : La morna c'est surtout l'amour du pays, le capverdien est émigrant, la plupart de la famille capverdienne se trouve ailleurs, répartie un peu partout dans le monde, c'est à l'origine de la morna.

A.S. : La morna c'est aussi pour une personne qui était bien parmi nous qui est morte de façon accidentelle, qu'on a perdue, qui est partie dans un pays lointain et qu'on n'a plus revue. Des fois on accompagne un proche en musique au cimetière avec une marche funèbre. Quand on va le déposer au fond alors là on joue deux mornas, ça c'est pour dire "au revoir à jamais" et pour lui souhaiter une bonne rentrée dans un monde meilleur. Ça c'est passé deux ou trois fois ici, à Bron, à Vénissieux. C'est par là que j'ai recommencé la musique à Lyon.

M.G. : On ne fait pas que de la musique d'enterrement !

R.F. : A la fin d'un bal, on met la morna pour faire reposer les gens qui ont dansé toute la soirée, pour les relaxer, c'est la détente. Attention, le piano, ça, c'est modernisé. Dans l'ancien temps, il y avait la viole à 12 cordes, le violon, le cavaquinho et la guitare. Ou bien on va chez des collègues, on joue comme ça. Ça fait réveiller les autres qui dorment. Voilà le principe de la morna, c'est plutôt pour la sérénade.

A.S. : Quand il dit sérénade c'est qu'au Cap-Vert, je me rappelle, même au Sénégal, à partir de minuit on sortait avec des guitares et le cavaquinho. Il y avait une rue, on commençait à jouer ici, on voyait toutes les lumières s'allumer une à une, cela voulait dire : sérénade pour tout le monde ! On passait la nuit des fois, on rentrait chez nous à 6 heures du matin pour aller au travail à 8 heures

M.G. : C'est très traditionnel ça au Cap-Vert, les gens font ça pour l'amour de la musique, pour l'amour aux voisins et pour la conquête ! Voilà, ça fait partie des coutumes du Cap-Vert.

Armindo Pereira : Vous avez des anciens comme Cesaria Evora, Bana et bien d'autres qui n'ont pas laissé tomber la morna, jusqu'à maintenant ils y sont dessus et je crois qu'elle les portera jusqu'à leur mort. Aujourd'hui dans une soirée sono capverdienne, vous n'entendez pas de morna, mais des anciens la réclament. En France, les jeunes Capverdiens ne se déplacent pas pour voir Cesaria Evora.

A.S. : La coladeira c'est plus rythmé, c'est pour la danse, mais la morna se danse aussi. CMTRA : Vous retrouvez des musiciens capverdiens dans les autres villes ?

A.S. : Lui, il était à Paris avec des musiciens capverdiens. Moi, je retrouve à Mulhouse des musiciens avec d'autres qui viennent de Suisse. Ma sur a sorti deux CD. Elle habite aux Etats-Unis vers le New Jersey, mais elle se déplace partout où se trouve la communauté capverdienne, la plupart des capverdiens sont à Boston et à Providence. CMTRA : On est musicien de famille au Cap-Vert ?

R.F. : Dans ma famille, il y a ma mère qui joue de la guitare, mon oncle jouait de la guitare et du violon, l'autre oncle de la trompette, et du violon aussi, il est mort en Angola. Et puis il y a ma tante qui faisait du violon. Presque toute la famille joue. Et mon grand père faisait de la guitare portugaise, à 12 cordes.

A.S. : Pour moi c'était différent, je faisais partie de la chorale à l'église, je chantais très bien. Là où j'entendais des gens jouer une sérénade, j'étais toujours derrière eux. J'ai attaqué la guitare et après j'ai appris le cavaquinho, tout seul.

C.C. : J'ai joué parce qu'il y avait tous les instruments dans la maison. Ma mère joue de la guitare, mon père du cavaquinho, cinq surs jouent aussi la guitare. Mon frère est au Cap-Vert, c'est son métier, à l'Ile de Sal, c'est l'aéroport international du Cap-Vert. Il joue pour les touristes.

R.F. : Tu es obligé d'apprendre si tu as le don parce que tu as tous les instruments à la maison, ça ne manque pas. CMTRA : Vous êtes arrivés directement du Cap-Vert ?

R.F. : Non, du Sénégal. J'ai passé plus de temps en France et au Sénégal qu'au Cap-Vert. Si j'allais au Cap-Vert, je serais perdu, il faudrait quelqu'un pour me montrer.

A.S. : On a joué à Dakar ensemble. La musique c'est un langage. Quand je suis parti à Dakar, je ne parlais pas français, mais j'ai été obligé parce que dans le milieu, il faut faire vite pour apprendre. J'ai quitté là-bas j'avais 23 ans.

M.G. : J'ai vécu 15 ans au Mozambique, 10 ans au Portugal et ça fait 10 ans que je suis là. Il y a une centaine de familles capverdiennes à Lyon, dont certaines sont là depuis plus de 30 ans.

A.P. : Il y en a qui sortent du Cap-Vert qui viennent directement ici en France. Il y en a qui partent au Portugal, en Hollande, en Espagne. Il y en a de partout. Il y a même des étudiants qui arrivent à Saint-Etienne et qu'on ne connaît pas. On parle en créole, mais on ne peut pas deviner si les gens sont du Cap-Vert ou pas, il y a même des français qui parlent créole, qui habitent toujours au Cap-Vert.

A.S. : On chante en créole et en portugais. Le portugais c'est pour la samba, le fado, il y a même des mornas que je chante parfois en portugais pour faire plaisir à la communauté portugaise de la région. Propos recueillis par V.P. Cap-Vert Acoustic figurera sur l'Atlas sonore CD CMTRA "Mémoires de l'immigration en Rhône-Alpes" (réalisation CMTRA) - sortie : Printemps 2001. Renseignements

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