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Du galop à la valse, en passant par la montagne...
Givors et le défilé de la Biennale de la Danse

"Les routes de la soie, routes du rêve, routes du dialogue" Entretiens avec Etienne Roche et Delphine Gaud Etienne ROCHE

compositeur
CMTRA : Etienne Roche, tu es compositeur et directeur de différentes formations musicales régionales, le Grotorkèstre, le Septèstre, la Cie Musicabrass. Tu écris aussi pour des spectacles et événements de rue (le Lâcher de Violons avec la Cie Transe Express Circus pour l'opération Les 2000 coups de minuit). Tu explores beaucoup de contextes de concerts différents ?

Etienne Roche : Musicabrass accompagne a une chanteuse lyrique du 26 au 29 juin (sur réservation) dans un cadre assez particulier, c'est la crypte Saint-Laurent à Grenoble qui est un musée archéologique. Depuis deux ans, nous travaillons sur la mise en musique de ce parcours de Musée. CMTRA : Pour le Défilé de la Biennale tu as composé pour un quatuor à cordes et une vielle à roue, comment t'est venue l'idée d'insérer un instrument traditionnel dans cette composition pour les routes de la soie ?

E.R. : La demande émane de Delphine, chorégraphe. Elle voulait un quatuor à cordes et un son proche de celui de la vièle-cheval, un instrument de Chine et de Mongolie, qui compte beaucoup dans ce pays, joué comme le violon mais vertical, sur le genou. La vièle-cheval et la vielle à roue ne se ressemblent pas car l'un se joue à l'archet, l'autre à la manivelle. Mais leurs fonctions peuvent converger par les bourdons d'accompagnement. Une bonne partie de la composition évoque la Chine et le Moyen-Orient et se rapproche, par l'Europe de l'est, pour aboutir à une bourrée et une petite valse évoquant des bourgeoises, couvertes de soie, qui dansent

Pour ce projet, la vielle est celle de Thierry Nouat, du Viellistic Orchestra, qui travaille aussi avec Wazoo et pas mal de groupes dans lesquels le folk est remis au goût du jour dans des chansons alternatives. Sa vielle est sophistiquée par rapport à celle que je connaissais du temps où je travaillais avec des vielleux, il y a 25 ans, avec Charligotton, une formation basée à Tournon.

Le quatuor à cordes qui participe au défilé est celui qui a travaillé pour le Lâcher de violons. CMTRA : Dans tes compositions, tu as souvent traité un thème s'apparentant à la valse, ou à la danse populaire plus généralement, autour duquel tu laisses beaucoup de place à l'improvisation. Est-ce que le fait de composer pour un instrument traditionnel a orienté ton inspiration musicale ?

E.R. : Oui, ne serait-ce qu'au niveau de l'orchestration. Pour le quatuor à cordes, on peut parler d'une interprétation active et, pour la vielle, sans que ce soit péjoratif, d'un rendu plutôt passif, parce que c'est mécanique, une roue qui tourne sur des cordes avec un clavier. C'est aussi un instrument à cordes, avec un tas de cordes dans tous les sens d'ailleurs, des cordes sympathiques, des cordes de bourdon etc.

Au niveau de l'instrumentation, cela demande une connaissance de l'instrument Alors je me suis pointé chez Thierry, j'ai passé une bonne demi-journée avec lui, il m'a montré tout ce qu'il était possible de faire. C'est un instrument qui est très rythmique du fait du "chien", un dispositif qui, lorsqu'il est mis en branle, induit une rythmique très précise et un son très particulier à la vielle. Mais je me suis aussi beaucoup servi de la vielle pour les mélodies. Elle suit souvent le premier violon mais se mêle aussi aux fugues et donne une grande amplitude rythmique dès lors que le chien est activé.

L'aspect un peu plat du rendu de la vielle donne une fragilité aux mélodies qu'on ne retrouve pas sur les violons. Mêlée au quatuor à cordes, elle a justement un grain particulier qui se détache, on entend l'instrument à part. Sa tessiture est intéressante aussi, elle peut descendre bas et monter très haut, sur plus de trois octaves. CMTRA : Comment tiens-tu compte de tous les partenaires engagés dans la préparation du Défilé au moment de la composition ?

E.R. : Essentiellement j'avais un impératif de durée, de l'ordre de 10 à 15 minutes, avec différentes parties en tournerie. Sinon, j'avais cet impératif du thème des routes de la soie. Et puis aussi un impératif de structure, pas trop difficile pour que Delphine - qui a une approche de chorégraphe mais pas de musicienne sur la composition - s'en sorte.

Nous nous sommes vus pour décrypter les parties et la logique du morceau. Elle m'a laissé faire la composition et l'a traitée après avec des enfants. Nous allons jouer en direct, le Théâtre de Givors a préparé un plateau mobile et une sonorisation pour le quatuor à cordes et la vielle à roue. CMTRA : Des historiens, sociologues s'intéressent à la Biennale en tant que nouvel événement d'agglomération, reliant la périphérie de Lyon au centre ville et reflétant la Politique de la Ville. Quel est ton point de vue artistique sur les aspects sociaux de ce contexte culturel, compte tenu notamment de ton expérience du spectacle de rue et de la musique déambulatoire ?

E.R. : J'ai vraiment écrit pour un quatuor à cordes et la formation en question. Je pense que n'importe quelle musique peut passer dans la rue, c'est juste le fait que ce n'est pas habituel, c'est réservé à des formations plus cuivrées etc.

Les concerts en plein air, ça existe, donc les concerts en plein air et qui bougent, ça peut exister aussi, il n'y a aucune raison. Je n'ai pas spécialement travaillé sur la correspondance musique et rue mais plutôt sur la correspondance musique et chorégraphie. Dans le contexte du Défilé de la Biennale, la technique de diffusion de la musique sera à la base d'une bonne écoute par le public. ---------- Delphine GAUD

chorégraphe, Cie La Trisande
CMTRA : Delphine Gaud vous êtes chorégraphe pour ce projet de participation de la Ville de Givors et du Parc Naturel Régional du Pilat au Défilé de la Biennale de la Danse. Comment avez-vous conçu ce défilé ?

Delphine GAUD : Pour moi c'est une expérience toute nouvelle parce que je n'ai jamais chorégraphié pour ces circonstances qui font que la danse se déplace tout au long du spectacle. Je travaille avec des enfants pendant le temps scolaire depuis le mois de janvier. L'intérêt c'est de venir travailler régulièrement, tous les 15 jours au sein de cinq écoles, pour court-circuiter l'idée d'un événement ponctuel.

Deux plasticiens et la costumière, Dominique Fournier, ont des interventions plus ponctuelles et concentrées dans le temps. L'originalité du projet est d'établir un partenariat entre deux écoles du Parc du Pilat et des écoles givordines pour susciter des allers-retours entre la ville et la campagne. La fabrication du fil a représenté une activité très dense dans la région du Pilat pour aboutir dans les métiers à tisser des ateliers lyonnais. L'idée est de recréer un échange entre ces deux aspects de la fabrication de la soie CMTRA : Ces projets doivent êtres difficiles à monter et à coordonner compte tenu de la variété des acteurs mobilisés, comment cela se passe-t-il concrètement ?

D.G. : L'opérateur de ce projet est le Théâtre de Givors, donc au départ c'est le Théâtre qui a le rôle le plus important de coordonnateur. Ensuite ce sont les instituteurs, vraiment concernés par le projet, qui font que les choses se passent bien pour accueillir les artistes dans leur classe. Moi aussi j'ai un rôle de coordination dans le sens où je fais le lien entre l'équipe artistique et les participants du défilé. CMTRA : Qu'avez-vous retenu de l'uvre préparée par Etienne Roche pour ce projet ?

D.G. : C'est une composition qui demande une grande écoute musicale. Etienne l'a composée vraiment comme un voyage, un parcours de l'Asie à l'Europe de l'est, jusqu'à nous. Pour la transmettre aux enfants, il a fallu construire un synopsis, une histoire dont ils se sont saisis, dans laquelle ils traversent différents pays, différentes couleurs, différents peuples. J'ai souhaité rajouter une vielle sur ce quatuor à cordes pour noter la présence des enfants du Parc du Pilat et donner le pendant traditionnel de nos régions à la tradition asiatique qui sera largement représentée dans le défilé. Les plasticiens ont fait un travail sur la symbolique de l'arbre à souhaits recueillie dans l'imagerie de la tradition tibétaine. Les souhaits des enfants défileront sur trois arbres confectionnés par Christophe Gonnet.

On a enfin travaillé sur le cheval, un animal emblématique de l'Asie Centrale, représenté sur l'instrument de musique mongol, la vièle-cheval mais qui est aussi un animal familier pour les enfants des écoles du Pilat. J'ai demandé à Gisèle Jacquemet de travailler sur des prototypes de tête de cheval montés sur vélo dans l'idée de représenter le moyen d'itinérance, d'évasion des enfants qui en l'occurrence est plus accessible que le cheval CMTRA : C'est cette idée du cheval qui conduit votre chorégraphie ?

D.G. : J'ai travaillé sur la notion de cheval dans le langage dansé, mais je me suis beaucoup plus appuyée sur une gestuelle inspirée de la fabrication du tissu. J'ai construit la chorégraphie avec les enfants au fil des séances. Je leur ai proposé des mots, des verbes d'action qui étaient liés à la fabrication du tissu ou à ses qualités tactiles, visuelles.

J'ai répertorié, mis en forme et en déplacement toutes les idées des enfants en essayant de créer un contact entre eux. Il a fallu trouver un niveau commun à tous et centraliser leurs propositions. Cela demande d'investir les enfants sur une longue période pour leur faire comprendre l'intérêt de ce travail. Dans certaines écoles, les enfants avaient déjà été sensibilisés à la danse par les instituteurs. CMTRA : Quel est votre point de vue ou votre réaction artistique à l'impact social du Défilé pointé par les observateurs des politiques culturelles ?

D.G. : Dans la réalité, un discours idéaliste nécessite beaucoup d'investissements en termes de disponibilité, d'organisation pour les structures. On a beau avoir beaucoup d'idées, d'enthousiasme sur un projet, artistiquement ou humainement, si on n'a pas cet appui-là la mise en uvre est difficile.

La magie de cette histoire se fait vraiment au quotidien. J'ai vécu des moments très forts et agréables avec les enfants dans la construction de cette histoire. J'ai beaucoup travaillé sur leurs désirs, avec des symboles d'autonomie, de liberté Avec son vélo, on peut sortir de sa maison, faire le tour du patelin et aller un petit peu plus loin. L'échange interculturel se situe là, entre ces deux mondes, celui de la ville de Givors et celui du Parc Naturel du Pilat. CMTRA : Comment cette expérience a-t-elle enrichi votre pratique ?

D.G. : J'ai le privilège de travailler dans l'intimité d'un studio avec beaucoup moins de personnes. Il faut avoir la capacité d'extrapoler. Mais j'ai essayé de travailler en fonction de mes compétences et de mon univers intérieur. Il y a une transmission poétique qui se fait malgré tout, même si ce n'est pas comme pour une création habituelle. CMTRA : Justement une de vos créations sera programmée pendant la Biennale !

D.G. : Je travaille depuis deux ans sur le thème de la passion érotique des étoffes pour un quatuor, "Bombyx Mori". Le projet du défilé a ouvert ma recherche sur d'autres territoires liés à la matière. Je vais utiliser des enregistrements de métiers à tisser réalisés par Laurent François qui seront aussi présents en écho au morceau d'Etienne.

On a visité les ateliers de la Croix-Rousse, rencontré des gens très intéressants qui nous ont raconté leur amour pour ce métier. C'est une façon de rendre sonore ce caractère particulier et précieux de l'étoffe sans la montrer sur scène, d'explorer les motifs d'une fascination, de rappeler que l'on vit dans ce berceau-là et qu'il y a un aboutissement de l'Asie dans les métiers à tisser lyonnais. Propos recueillis par V.P. 20 - 21 - 22 septembre,

Décines (69) au Toboggan


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