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Les artistes ont la parole

Extrait de l'intervention au Bal du 13 juillet dernier à Lyon pour expliquer les motifs de la décision de faire grève...

“Nous sommes le groupe Mazalda qui devait assurer la deuxième partie de cette fête avec un bal musette. Ce matin, au cours d'une assemblée générale impliquant les deux grou-pes de musique et les techniciens son et lumière, nous avons décidé -techniciens et Mazalda- de faire grève. (...) La grève décidée n'a pas pour but de gâcher la fête des habitants de ce quartier, ni de les prendre pour cible, ni de les prendre en otage.

Cette grève est la consé-quence des accords signés par le MEDEF (syndicat patronal) et des syndicats minoritaires dans notre métier (CFDT, CFTC et CGC).(...) Le gouvernement, de part sa démarche et son refus d'écouter, nous pousse vers une résignation que l'on se doit chacun de combattre. Nous luttons car nous espérons pouvoir changer les déci-sions d'un gouvernement, aussi dur qu'il paraisse.

Comprenez que cette action n'est pas dirigée contre vous mais qu'elle est un appel à votre soutien pour sauver notre culture et que même si la Place Sathonay (Lyon 1er) n'est pas le Festival d'Avignon, les gens que nous pouvons toucher ici sont aussi importants que le public d'Avignon.

La fête du 14 juillet est celle du progrès social. Nous, professionnels du spectacle, vivons une régression cauchemardesque, comprenez que nous n'y participions pas.

Nous pensons que la défense de la culture doit être reliée à celle de l'édu-cation, de la santé et de la retraite pour tous.

Que ceux qui, aujourd'hui, n'ont pas encore subi les attaques du gouvernement ne les attendent pas pour réagir. Nous voulons faire de cette soirée un forum où chacun exprimera sa position sur cette douloureuse situation.”

Groupe Mazalda Il y a des sociétés où il y a les griots, qui sont en fait des porte-parole. Ils sont reconnus comme tels, respectés, porteurs d'un mes-sage, d'une conscience collective, et leurs paroles sont entendues avec attention, sans mépris ni dérision même si elles ne sont pas immé-diatement compréhensibles. L'artis-te peut avoir ce rôle de focaliser les consciences.

On est un peu vision-naire quand on est artiste, on a une vision qui dépasse un peu notre entendement. S'il n'y a pas une organisation de la société qui permette à ces artistes de trouver leurs moyens d'expression, on va obligatoirement vers un nivellement par le bas. Il me semble qu'en France il y avait dans ce régime d'intermittent quelque chose de foncièrement intéressant, qui permettait à des formes d'émer-gence de s'exprimer, de se dévelop-per.

Ça n'est pas parce qu'on est au bas de l'échelle qu'on est moins intéressant, dans la musique, le théâtre, c'est souvent quand on débute qu'on a le plus de choses à faire partager. Et ce système permettait à chaque artiste de continuer, dans la persistance, et de développer son propre langage.

Jean-Claude Guerre, du groupe Itinérance Drôle de sentiment, en écoutant France-Info, dans ce petit matin caniculaire du 20 d'août... Drôle de sentiment ... Vraiment. Pourquoi ? Sur les ondes et largement relayé, le Président des cafetiers d'Aix-en Provence demande le décryptage des photos prises lors des manifestations d'intermittents qui ont eu lieu lors du festival d'Aix. Et à qui les demande-t'il ces photos ? Aux forces de l'ordre, à la presse. Et que va-t'il en faire ? Il va porter plainte contre les manifestants reconnus. Et pour être bien sûr de son bon droit, il est allé en parler "au gouvernement", qui va le recevoir...

C'est comme ça, les cafetiers d'Aix-en-Provence ont perdu des sous...À cause des intermittents (des gagne petit sans talent, pas des vrais artistes qui eux sont sur scène...) Ont-ils déjà porté plainte, les cafetiers ? (contre les cheminots ? les infirmières ? les enseignants, les routiers ?) Non bien sûr... Les intermittents seront-ils reçus eux ? Ils vont perdre beaucoup plus que des sous les vilains intermittents du spectacle... Mais ça, ce n'est pas le public du festival d'Orange qui va compatir (cf. la retransmission odieuse sur France 2, avec le texte incroyable de mensonges diffusés juste après).

Tout d'un coup, en ce matin, devant mon café, je me fais une promesse : plus jamais je n'irai boire un coup dans un café d'Aix-en-Provence. Je sais, c'est petit, mais ça me soulage ! Hier, j'ai vu la trombine du Président des cafetiers d'Aix-en-Provence à la télé... Bien relayé le gars... En tout cas, les cafetiers nous prouvent une chose : les retombées indirectes et écono-miques de la culture sont à la mesure de l'énervement de ce monsieur à défendre son bout de gras... Sinon, il ne se serait pas tant agacé...

Evelyne Girardon Pourquoi les artisans de la culture dérangent-ils? Parce que les produits de leurs métiers titillent l'esprit, l'imaginaire, l'état de conscience de chacun. Parce que créer signifie saisir l'idée, la féconder, l'organiser à sa manière et la faire naître, créer signifie la possibilité que quelque chose de nouveau apparaisse, la capacité d'inventer et mettre en forme sa manière d'être.

Qui souhaite que l'être humain dévelop-pe sa cons-cience et sa capacité créatrice? Cela peut-il être un choix politique de l'État? Le nouveau statut proposé ne résout aucun déficit financier et favorise les grosses structures de production audiovisuelle, qui habil-lent nos images et nos pensées d'un bel uniforme, faisant courber notre esprit d'entreprise.

J'ai peur non pour l'art que rien ne peut anéantir, mais pour son accessibilité (Édu-cation? Santé?). Je ne pleure pas mon statut, je m'indigne et me révolte contre ce que les hommes au pouvoir trament dans mon dos. Je ne me résignerai jamais.

Catherine Faure, chanteuse, musicienne, comédienne, auteure-compositrice. J'ai choisi, il y a 25 ans, de vivre humblement de cette musique, LOIN des ors et des honneurs. Le statut d'intermittent permettait d'en vivre dignement. J'arrivais, bon an mal an, à me vendre 43 fois, par le bouche-à-oreille, par les réseaux de copains, par l'intérêt que certains portent à ma musique.

Sans démo tapageuse et plaquette tonitruante d'autosatisfaction, LOIN de cet "art" de la communication qui nous baise tous aujourd'hui, et malgré tout, le statut d'intermittent permettait de vivre dignement. Je pouvais faire des cadeaux, baisser les prix pour une association pas riche, vendre une flûte à bas prix, ou même pire dans notre société, je pouvais don-ner, oui, vous avez bien lu, faire un don (quelle horreur) LOIN de cette société marchande où tout doit avoir un prix, et malgré tout le statut d'intermittent permettait de vivre dignement.

Sur ces trois points, je ne ferais pas de concession, et je songe sérieusement, s'il le faut, à partir LOIN pour continuer à vivre dignement.

Jean-Pierre YVERT Étant musiciens-improvisateurs, les Subsistances de Lyon nous avait accueillis une semaine durant pour les états généraux de l'improvisation (deuxième année) avec 30 jeunes de la région et les musiciens de L'ARFI. Donc nous connaissions les lieux sur le bout des doigts, mieux qu'une équipe télé qui débarque la veille, avec de beaux tee-shirt logoïsés "RACINES ET J'EN PASSE".

C'est simple de bloquer un direct !!!! Le jour J quelques heures avant l'heure H nous nous prome-nons tranquillement comme des RG dans une AG d'intermittents! Nous inspectons les issues possibles tout en souriant à l'équipe télé hyper sympa avec nous!

(...) Nous récupé-rons une invitation gracieusement offerte par une amie et nous accueillons, grâce à cette invite, tous les acteurs de cette superbe soirée! (Il suffit de passer l'unique invite par la fenêtre du-dit bar et elle nous revient aussitôt pour repartir par la fenêtre) (...) Nous sommes dix. Deux émissaires avec un chapeau, pour faire classe, vont parlementer avec le producteur (avec un P) qui le prend très mal, c'est vrai quoi ! Il bosse lui, il ne va pas donner la parole à tous les charcutiers ou boulangers du coin pendant les directs sinon où va-t'on(.com) c'est vrai quoi ! merde quoi !!!! (...)

L'heure du direct enfin arrive et nous envahissons le plateau non sans une trouille réelle mais sincère, on voit à l'image un cafouillage et des cris contre la culture bâillonnée, une affiche made in Topor s'installe près du présentateur outré de l'intrusion pas prévue, on change de caméra pour voir d'autres silhouettes traverser hors des sentiers balisés par la télévision française, c'est-à-dire en plein milieu des câbles. (...)Le présentateur-vedette envoie d'urgence le premier documentaire avec un sourire qui lave plus blanc même les interluttants (pub).

Cette intrusion s'est terminée 20 minutes plus tard par notre décision de partir de nous-mêmes, par égard à un lieu qui défend(ait) notre travail... Le public invité nous regarde partir ne sachant pas qu'il vient de vivre la première attaque du service public par une poignée d'artistes motivés et visionnaires.....

Alfred Spirli, ARFI


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