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Les musiques du monde au Conservatoire National Supérieur de Musique e

Entretien avec Henry Fourès, directeur du CNSMD de Lyon CMTRA : Henry Fourès, quels sont les objectifs et les missions de votre Conservatoire National Supérieur ?

Henry Fourès : Les objectifs des deux CNSMD - car il existe deux établissements de ce type, un à Paris, deux fois centenaire, et un à Lyon, qui a vingt ans - sont les mêmes, même si les contenus et les façons d'atteindre ces objectifs diffèrent. Ce sont deux établissements publics autonomes qui ont un statut d'école supérieure et qui répondent aux objectifs de l'État pour former les musiciens dont le pays à besoin, aujourd'hui, quelles que soient les aires culturelles et quelles que soient les esthétiques. Ce dernier point est nouveau, car, à l'origine, les besoins en France étaient identifiés en regard des seuls orchestres symphoniques, des pratiques solistiques et depuis peu des métiers de l'enseignement.

Ces dernières missions, pour lesquelles les CNSMD ont eux-mêmes œuvrés, sont tout à fait nouvelles. La formation au métier d'enseignant était tout à fait absente des CNSMD il y a encore 10 ans. Quant aux musiques improvisées, le jazz a été intégré au cursus du CNSMD de Paris à peu près dans la même période, comme la classe d'improvisation générative et celle de musique de l'Inde du Nord. À Lyon, leur présence figurait dans le projet originel, et ces disciplines, comme les disciplines d'enseignement, ont été intégrées il y a une dizaine d'années. Tout cela est assez neuf, et la problématique actuelle consiste à articuler l'ensemble de ces formations entre elles, en mettant en avant le concept d'interdisciplinarité par le biais des rencontres rendues possibles, générant un autre espace plus large que la simple juxtaposition.

Cela constitue, sans être le seul, un enjeu que de confronter les expériences, en parallèle avec une politique de diffusion qui doit être l'émergence du projet d'enseignement, se nourrir de lui en le nourrissant. Qui peut accéder à cet enseignement ?

Des étudiants en provenance à la fois des Écoles spécialisées en France, Écoles nationales et Conservatoires en Région, mais pas seulement. Des gens rentrent au CNSMD sans jamais avoir fréquenté un conservatoire, ce qui a été mon cas à l'époque, et des étudiants viennent de l'étranger, 15 % des effectifs pour chacun des deux CNSMD. L'étranger, au-delà de l'Europe, c'est la Chine, le Vietnam, la Syrie, la Finlande, l'Australie, la Corée, le Japon, bref le vaste monde. Ce qui rend présentes avec plus d'acuité encore les relations entre ce qu'on peut appeler les expressions authentiques de ces pays, qui sont autant de musiques traditionnelles "savantes" et les musiques qualifiées d'universelles qui traversent le monde avec leur "estampille" occidentale.

Quand on reçoit des étudiants qui viennent d'Australie ou du Brésil, ils arrivent avec une autre culture musicale, et apportent autre chose. Ils ont des réflexes, des types d'écoute souvent plus inventifs, même s'il leur manque ici et là des éléments "culturels" utiles au développement de leur imagination sonore. Mais tout ceci s'acquiert vite, alors que ce qu'ils possèdent vient du plus profond de leur éducation musicale, et ne s'acquiert pas. Cette ouverture au monde des deux CNSMD est tout à fait intéressante, et 15 % de la population des étudiants représentent une minorité extrêmement agissante. Les disciplines enseignées au CNSMD sont très nombreuses. Parmi ces enseignements figure l'ethnomusicologie. Qu'apporte cet enseignement dans le programme global du CNSMD de Lyon ?

J'ai été très heureux, à mon arrivée dans ce CNSMD, d'y trouver cet enseignement. Ayant eu la charge d'inspecteur général à la Direction de la Musique pendant six années, je me suis violemment battu pour que le secteur des musiques dites traditionnelles ait une reconnaissance puis une existence institutionnelle. Je n'oublie pas que mon action d'alors, dès 1984, a débouché sur la création d'un C.A. (Certificat d'Aptitude aux fonctions de professeur-chef de département de musique traditionnelle) précédé par la mise en oeuvre d'une politique de formation et de préparation déléguée à des Centres en région. Je ne suis pas certain que cette politique nouvelle ait été parfaitement maîtrisée à l'époque, mais l'idée était bien que les disciplines déjà enseignées et qui n'avaient aucune reconnaissance puissent bénéficier par égalité de droits et de charges des mêmes avantages que les autres disciplines dites savantes.

Dans le même temps, il fallait en développer les effets et prendre en compte la formidable diversité des expressions. J'ai donc été le dernier à convaincre de l'utilité de la présence d'une classe de musique traditionnelle au sein d'un établissement supérieur et je peux dire que j'en ai été un des instigateurs. C'est une façon de questionner la musique qui ne peut être qu'extrêmement profitable aux enseignements pour lesquels les conservatoires avaient été initialement pensés. Nous fonctionnons par unités de valeurs, choisies librement par les étudiants en complément de leur discipline principale. Il y a d'ailleurs des liens très étroits entre la musique ancienne et certaines formes de musiques traditionnelles. N'importe quel étudiant de n'importe quelle discipline peut avoir accès à cette U.V. Il s'y opère un brassage inter-discipline de fait. Dans la même classe, avec le même objet d'étude, et la même personne en face d'eux, des étudiants de disciplines différentes peuvent développer leur savoir, ce qui est d'un intérêt majeur pour décloisonner les consciences, les problématiques.

Cette discipline ouvre à une autre forme d'écoute, et l'on voit bien que des gens qui ont une écoute performante dans leur culture sont complètement désar-çonnés, incapables de relever précisément, de mémoriser des phrases qui sont pourtant extrêmement simples, parce que les inflexions, l'intonation, la présence de la dimension micro-tonale brouillent complètement leur oreille et rend infirme leur pertinence auditive. On voit bien que le champ du musical se questionne autrement. Dans le même temps, j'ai développé des ateliers d'improvisation. Ces ateliers ne sont pas consacrés aux musiques du monde ou traditionnelles, il s'agit bien d'improvisation au sens général. Il n'empêche qu'il y a des éléments du discours, du langage de l'improvisé que telle ou telle expression du champ "traditionnel" rend parfaitement clairs, intellectuellement appréhensibles en termes de conception formelle, de développement, de pensée compositionnelle ou de mode de jeu instrumental. Le fait de connaître ces champs d'expression développe l'imaginaire là où la seule aire culturelle occidentale n'aurait pu le faire. Et ces ateliers d'improvisations mélangent des pratiques, des esthétiques et des étudiants de classes et de niveaux différents se re-trouvant avec un invité à la fois créateur d'ordre et de désordre.

À ces étudiants musiciens se mêlent les danseurs, et nous obtenons un des rares espaces où peuvent se confronter ces disciplines pour des aventures d'inventions communes. Les danseurs sont également concernés par les musiques traditionnelles, qu'ils utilisent souvent pour leurs chorégraphies, en tant que support, sans bien souvent en comprendre les fonctionnements. Le champ de l'analyse se doit également de connaître ces musiques, en référence à pas mal d'œuvres de ces trente dernières années, chez Ligeti, ou Stockhausen par exemple, qui proposent des structures formelles révélées ou dissimulées, parfaitement repérées au sein de certaines musiques traditionnelles.

À Lyon, le département est modeste, et il conviendrait de le développer, en confortant l'enseignement théorique par la pratique, et en invitant plus de musiciens à l'occasion de master-class. Cela existe déjà, et les rencontres que nous vivons au CNSMD font que les maîtres qui nous rendent visite, nourris d'autres pratiques d'autres traditions, provoquent une fermentation musicale telle que nos étudiants osent se mettre en danger et en épouser les conséquences comme facteur d'un autre mode d'appréhension des connaissances. Le CNSMD de Lyon dispose de nombreuses ressources, et notamment de la médiathèque Nadia Boulanger, qui propose un nombre très important de documents, et notamment de partitions. Qui peut accéder à ces ressources ?

C'est l'une des rares bibliothèques musicales ouverte à tous. Tout ce que nous avons est consultable librement sur place, moyennant l'établissement d'une carte d'accès gratuite. Le prêt nécessite le paiement d'une cotisation annuelle modeste. Nous enrichissons le fond en permanence. Nous sommes en réseau avec des bibliothèques dans le monde entier et il est possible de les interroger à distance grâce à un outil informatique mis au point par nos bibliothécaires. C'est une des légitimes fiertés du CNSMD et, cette année, notre médiathèque sera au centre d'une série importante de manifestations. Propos recueillis par J.B. Contact :

Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon

Médiathèque Nadia Boulanger, 3, quai Chauveau

CP 120 69266 LYON Cedex 09

Tél. : 04 72 19 26 26 / Fax : 04 72 19 26 00

www.cnsmd-lyon.fr Concert du Trio Chemirani

Lundi 24 novembre à 20h30 au CNSMD


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